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    Toi {Jacques Derrida}
Première question, question préliminaire et comme jetée sur le seuil: pourquoi ce mouvement de haut en bas?

🍎

Quand on parle de chance, pourquoi les mots et les concepts imposent-ils d’abord cette signification, cette direction, ce sens?

🍐

Ce mouvement vers le bas, qu’il s’agisse de jet ou de chute?

🍊

Pourquoi ce sens et cette direction ont-ils un rapport privilégié avec le non-sens ou l’insignifiance qu’on associe fréquemment au hasard?

🍋

Qu’est-ce que ce mouvement de descendance aurait à faire avec la chance ou avec le hasard?

🍒

Qu’est-ce qu’il aurait à voir avec eux, comme on dit en français (et nous verrons que précisément en ce lieu la vue vient à manquer)?

🍑

S’agit-il de sol ou d’abîme?

 

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Où un lecteur ordinaire ne verra que des moisissures, le sentiment d’amitié vous révèlera peut-être, Mesdames, Messieurs, une forêt microscopique au sein de ces pages

 

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    Le vent {à travers les feuilles}
Un ver pourrait être silencieux. 
Un ver pourrait faire du bruit, comme un fantôme.
Le voilà.
Le voilà pas.
Il est vrai.
Il est la vérité.
Il est fabriqué.
Il est un mensonge.
Vous y croyez.
Vous n’y croyez pas.
Il existe.
Il n’existe pas.

Un ver sort du trou,
ils ne viennent pas facilement

    Alison {le ver, dans le trou}
Un trou? 🕳 C’est pour creuser.
La terre? C’est pour faire le jardin 🕳
Un trou? 🕳 Peut-être on pourrait y cacher des choses?
Un trou? C’est pour regarder dedans 🕳🕳

    Andy {le trou de ver}
Jadis il y avait une atmosphère là où te trouves 😉
Aujourd’hui il y a du carton 😉
À l’avenir touche avec les yeux 😉

    Francis {l’éponge}
Hors de l’eau, on perd les yeux.

Un oiseau se pose sur l’arbre

    Louise {le chant de l’oiseau}
Entendez-vous? La fête d’Ivry aurait-elle lieu deux fois? Les taupes? Earth, Wind & Fire?

    Le vent {le souffle}
Réveillons les taupes!

Esclaffement des trois taupes

    Le vent {le souffle}
Quelle émotion!

    Alan {la pomme}
Cchhhhuuuuuuuutttt! Je chute.

    Alan {regardant Andy de haut}
Il n’est pas un piège plus sûr et plus évocateur qu’un simple trou circulaire. En tout lieu et malgré sa vacuité essentielle, ce trou se remplit d’associations qui varient considérablement suivant qu’il affecte l’apparence d’une obscurité ou celle d’une source lumineuse; il peut aussi bien s’agir d’un puits vide et insondable que du cratère d’un volcan en activité ou d’un volcan éteint, d’une bouche, d’un œil ou du soleil.

    Andy {cherchant Alan du regard}
Notre vide est rempli d’air et imprégné des germes de la vie, aussi bien dans la réalité que dans notre imagination. Le coquillage abandonné par son constructeur peut encore vibrer d’une nouvelle musique. Une grotte ou n’importe quel orifice ou fente nous suggère facilement la présence d’une voix et, en réalité, le vent peut inventer ses propres mélodies en jouant dans les creux, les trous — en ce qui me concerne — mais aussi les feuilles. N’est-il pas Marcel?

    Marcel {hêtre à voix}
Je vous vois.

    Toi {le toi-même}
Je veux un acteur qui soit une ombre.
Celle-ci seule sera magnifiquement humaine.
Celle-ci seule ne jouera pas un rôle.
Elle SERA le personnage.

    Ashley {l’ombre}
L’acteur de chair a un cœur et d’admirables articulations, c’est trop beau ça marche tout seul!

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Et tous savaient que la splendeur de la vie se tient prête à côté de chaque être et toujours dans sa plénitude, mais qu’elle est voilée, enfouie dans les profondeurs, invisible, lointaine.

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Elle est pourtant là, ni hostile, ni malveillante, ni sourde, qu’on l’invoque par le mot juste, par son nom juste, et elle vient. C’est là l’essence de la magie, qui ne crée pas, mais invoque.

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    Sandra {là où on ne l’attend pas}
Tout peut arriver.
Tout peut avoir une signification ou ne pas en avoir.
Aucune vérité n’est proposée.
La fenêtre est ouverte.
On acquiert le sens des choses en parlant.
La mesure d’une page.
L’hypothèse d’une réalité en mouvement.
Un vertige d’inversions.
Variées.
Infinies.
Et ce qui s’oppose peut toujours être retourné dans le sens opposé.

    Google {la matrice}
😄

    Alison {allant au gré des sons}
Une substitution?

    Marcel {devenir-papier}
Je sais qu’il y a les livres. Les livres demeurent provisoirement, même si leur lecture doit nous ouvrir à la nécessité de cette disparition dans laquelle ils se retirent. Les livres eux-mêmes renvoient à une existence…

    Andy {en dit long}
Je te sens inquiet, Marcel. Tu ne veux pas une pomme?

À ce moment précis, Alan s’en sort super bien. Seule pomme dans le jardin, en plus elle a très bonne mine. Ça c’est du bol, Marcel ignore la suggestion d’Andy et continue sur sa lancée, l’un de ces soliloques où il se prend pour Maurice Blanchot 😕.

    Marcel {de plus en plus pâle}
Cette existence, parce qu’elle n’est plus une présence, commence à se déployer dans l’histoire, et la pire des histoires, l’histoire littéraire. Celle-ci, chercheuse, minutieuse, en quête de documents, s’empare d’une volonté défunte et transforme en connaissances sa propre prise sur ce qui est tombé en héritage. C’est le moment des œuvres complètes. On veut *tout* publier, on veut *tout* dire; comme s’il n’y avait plus qu’une hâte: que tout soit dit; comme si le *tout est dit* devait enfin nous permettre d’arrêter une parole morte: d’arrêter le silence pitoyable qui vient d’elle et retenir fermement dans un horizon bien circonscrit ce que l’équivoque attente posthume mêle encore illusoirement à nos paroles de vivants. Aussi longtemps qu’existe celui qui nous est proche et, avec lui, la pensée où il s’affirme, sa pensée s’ouvre à nous, mais préservée dans ce rapport même, et ce qui la préserve, ce n’est pas seulement la mobilité de la vie (ce serait peu), c’est ce qu’introduit en elle d’imprévisible l’étrangeté de la fin. Et ce mouvement imprévisible et toujours caché dans son imminence infinie — celui du mourir peut-être — ne vient pas de ce que le terme ne saurait être donné à l’avance, mais de ce qu’il ne constitue jamais un événement qui arrive, même quand il survient, jamais une réalité capable d’être saisie: insaisissable et maintenant jusqu’au bout dans l’insaisissable celui qui lui est destiné. C’est cet imprévisible qui parle quand il parle, c’est cela qui de son vivant dérobe et réserve sa pensée, l’écarté et la libère de toute mainmise, celle du dehors comme celle du dedans.

    Francis {cent pour cent empathique}
Dedans, dehors: Marcel tu devrais vraiment passer à travers Andy. Je t’assure cela te ferait beaucoup de bien, cela te changerait…

    Ashley {ton ombre}
En éponge?

😂

😂

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😂

😂

😂

😂

😂

😂

😂

😂

😂

Tout le monde se mit à rire de bon cœur, c’est vrai qu’il ne leur en fallait pas beaucoup pour se mettre dans des états invraisemblables.

    Le vent {l’esprit}
Ne sommes-nous pas toujours trahis par ce que nous trouvons important ?